La timidité, que l’on associe volontiers à la période fragile de l’adolescence, finit en général par s’effacer devant les contraintes de la vie. Certains l’évacuent totalement, d’autres, simplement, la surmontent. Enfin, il y a ceux qui ne la surmontent pas, qui ne contrôlent pas leur émotivité au point d’en être paralysé socialement voire affectivement. Ces derniers, que l’on appelle timides profonds, représenteraient 4% de la population.

Le timide profond se sous-estime et surestime les autres. Tout lui est prétexte à une remise en question de ses propres valeurs, de ses actions, de ses émotions. Le moindre regard le tétanise, l’idée d’avoir à parler l’angoisse, les silences lui semblent suspects, la moindre question le désarçonne. Son esprit devient confus, ses repères s’évanouissent. Au point que petit à petit, il cherche à éviter toute confrontation avec les autres, se referme, et se prive ainsi de l’expérience du contact humain qui est pourtant la seule manière de forger la confiance en soi.

Le timide est coincé par son imaginaire. Que va-t-on penser de moi, comment va-t-on me juger, de quoi ai-je l’air ? D’interrogation en interrogation le timide s’enfuit dans ses pensées, temporise, retarde le moment d’agir pour préparer l’action au mieux, mais d’autres questions apparaissent, toujours plus loin de la réalité, et finalement c’est tout l’inconscient qui vient perturber la moindre action mettant en œuvre la communication avec les autres. Cela mène parfois à des situations qui pourraient sembler burlesques si elles n’étaient pas vécues si tragiquement : Isabelle passe deux heures sur la route pour se rendre à une exposition et renonce à entrer parce qu’elle n’ose pas demander au guichetier à quelle réduction lui donne droit sa carte d’étudiant ; Pierre prend un train en sens inverse, trop angoissé pour demander un renseignement au contrôleur...

Le timide cache sa timidité et cela fait partie de sa difficulté à la surmonter. Son entourage, ignorant les raisons de son isolement, finit par s’habituer à se passer de son avis. Le timide s’habitue à souffrir secrètement de sa solitude. Si la dépression s’installe, le timide la cachera tout autant que ce qui en est la cause. Il n’exprime pas !

Fabienne, 27 ans, explique : « J’ai bousillé ainsi la seule et unique histoire d’amour que j’aie jamais vécue. J’en étais bleue et pour rien au monde, je n’aurais voulu qu’il s’en aille. Il était tout pour moi et j’aurais voulu qu’il en soit de même pour lui. Mais après un certain temps, il a commencé à supporter de moins en moins bien le fait que je refuse toute sortie avec ses amis. Lui pensait que je ne les aimais pas, main en fait ils m’intimidaient et j’étais incapable d’ouvrir la bouche. Evidemment, je n’en ai jamais parlé à mon ami, j’aurais eu bien trop de mal à le lui expliquer. En désespoir de cause, il a commencé à sortir seul pendant que moi je me morfondais devant la télé, persuadée qu’il me trompait à tour de bras ». Certains ratent leur vie professionnelle parce qu’ils sont incapables, lors des entretiens d’embauche, de mettre en avant des qualités qu’ils ont pourtant. D’autres encore se font exploiter ou deviennent des personnes soumises parce qu’elles ne savent rien refuser.

La timidité trouve généralement ses racines dans l’enfance : des parents surprotecteurs, une éducation trop stricte ou trop autoritaire, un divorce des parents vécu avec un sentiment d’abandon, un environnement familial écrasant, un manque d’occasions de lier contact avec de nouvelles personnes, etc. Mais le timide a aussi sa propre responsabilité, car lui seul peut se sortir du cercle vicieux. Lui seul peut faire le pas d’aller vers les autres, d’agir contre sa timidité. Refuser les situations qui suscitent la timidité, ce n’est pas lutter contre elle, c’est tout simplement jouer son jeu. Le timide doit donc se révéler à lui-même et aux autres pour renverser la vapeur. Agir plutôt que réfléchir sans cesse aux actions. Accumuler les expériences, pas à pas, pour retrouver la confiance en soi et dans le jugement des autres. On trouvera de l’aide auprès d’un confident ou d’un psychologue. Certaines personnes ont réussi à s’en sortir toutes seules, en s’inscrivant dans un club de sport ou de danse. Une chose est sûre : il faut, à un moment, faire le premier pas.

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